Installation lors de l'exposition collective Sète-Lisbonne, chapelle du quartier haut, Sète.
Exposition organisée par l'association Sète Los Angeles.
« Il est de ces nuages qui se dressent sur l'horizon en forme de véritables montagnes.../... A peine leur durée est-elle de quelques heures, tandis que celle des monts de pierre est de millions d'années ; mais en réalité la différence est-elle donc si grande ? Relativement à la vie du globe, nuages et montagnes sont également des phénomènes d'un jour. Minutes et siècles se confondent, lorsqu'ils se sont engouffrés dans l'abîme du temps. » (Elisée Reclus, Histoire d'une montagne) Le ballon d'Alsace aussi appelé le ballon Giromagny, au sud des Vosges, culmine à 1247 mètres. Il est pris dans un effet de foehn qui attire des nuages sur son sommet, des cumulus fractus le plus souvent, de petits nuages déchiquetés s'y accrochent et indiquent la présence d'un rotor à sa base formant une onde orographique typique du foehn. Les vignobles sur les pentes y bourgeonnent. C'est dans les parages ce cette particularité atmosphérique nécessaire à la rencontre entre un nuage et une montagne que Raphaël Kuntz nous emmène. Cette histoire d'amour a commencé il y a quelques années. Elle sera faite de cinq actes. Le premier tentait la présentation dessinée des protagonistes, disons une formulation graphique de chacun. Le second intégrait les oiseaux, témoins et messagers. Ici nous assistons au troisième acte : la rencontre. Nous traversons les forêts sombres. Les lichens vert de gris se suspendent aux branches des pins géants. La mousse y tapisse la terre. Des décombres de béton et de ferraille surgissent de l'humus le long des chemins forestiers. Un ancien barrage rudimentaire, construit il y a très longtemps par les allemands retient encore l'eau d'un petit lac triangulaire. C'est là, tout près, sur un parking mangé par la nature que deux chaises banales témoignent de la rencontre entre le nuage et la montagne. L'artiste tourne autour de cette rencontre, de ces deux chaises, à raison de cent fois 3,6°pour une série de 100 dessins. Au dos des œuvres un QR code glisse l'acquéreur vers quelques fractales informations sur la rencontre, une des portes d'entrée du projet. Les deux chaises sont disposées en conversation, essence de la rencontre, intrinsèques. Sont-elles réelles ? On imagine la montagne hésitante, suivre un chemin inhérent à sa propre peau, comme on suivrait le cours d'une de nos veines. On imagine le nuage, dans un état gazeux forcément, ému par la perspective proche, sinuer entre les grands pins. Tous deux vont au rendez-vous. Equipés d'optiques de réalité virtuelles, les visiteurs prennent un chemin parmi les quatre possibles. Nord, Sud, Est, Ouest. Tous convergent vers la rencontre. Les chemins sont très différents, les expériences visuelles aussi, les sons, les musiques, les ambiances. Certains jusqu'à l'évanouissement virtuel. Il arrive que nous traversions des arbres. Nous voyons au-travers d'eux comme la pluie. Nous ressentons l'ascension vigoureuse vers les nuages, pris dans le tourbillon planétaire de Coriolis...
Phillippe Saulle